Crépuscule, ou la défaite des médias mainstream (par Denis Robert)

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J’ai promis à un ami que j’allais lever le pied ici avec le livre de Juan Branco, mais c’est plus fort que moi. Cette histoire de silence des médias…

Je me suis tu sur le traitement réservé par les mêmes chiens de garde sur “les prédateurs”. On passe deux ans à enquêter sur deux milliardaires, on révèle des liens, un fonctionnement, on prend quelques risques. Le livre sort. On est invité dans deux émissions de télé. Et puis, à part la PQR qui fait le job, rien. Pas une ligne dans les journaux nationaux, quotidiens, hebdos. Le livre ne vit que sur les réseaux sociaux. Comme si un monde parallèle s’était créé, loin des beaux esprits qui se cooptent entre eux, paradent dans les débats et nous fabriquent le leur, de leurre. Je pourrais avoir de l’amertume. Même pas. Sans être un immense succès, “les prédateurs” suscitent débats et invitations et nous allons dépasser les 15000 ventes. C’est pas mal. C’est réconfortant.

Mais rien à voir avec “Crépuscule” qui explose les compteurs. En raison des ruptures de stock (on a démarré à 8000), le livre va sûrement quitter la première place cette semaine pour la récupérer la semaine prochaine. Il va dépasser les 40000 ventes, sur près de 100000 mises en place. On devrait, vu l’impulsion, continuer à grimper. Au delà des chiffres, c’est autant de lecteurs, de bouches et d’oreilles, de prises de conscience. “Crépuscule” contient quelque chose d’inégalé, comme un secret qu’on se partage. Un venin qui se propage. Je suis à l’origine de cette aventure, donc je vois bien comme l’onde se développe. Et comment les amis d’Emmanuel Macron et ceux qui profitent de son système font face.

Bruno Roger-Petit, le factotum communication du président, a tiré le premier (comme pour Benalla), s’affolant (sur Twitter) de voir les libraires de la FNAC mettre une oeuvre conspirationniste, en coup de coeur. Le livre dénonce les liens entre journalistes et oligarques. Des rédacteurs travaillant pour des titres appartenant à Drahi, Niel ou Lagardère m’appellent ces jours-ci et me racontent le dessous des cartes. C’est à pleurer de rire (ou de désespoir) selon son humeur. Pour justifier le silence, on évoque un livre militant, des erreurs factuels, des choses déjà sues. Mais dans ce cas, pourquoi ne le dénoncent-ils pas? On ne veut pas lui faire de publicité, disent-il. Ben voyons. De la pub, Crépuscule n’en a pas du tout besoin.

A ceux qui assurent que la presse est libre et qu’aucune pression ne s’exerce (faux débat absolu) une anecdote que Juan raconte dans son livre, est éloquente. Elle concerne Le Monde, propriété de Xavier Niel. L’an passé, j’ai aidé un de mes amis, l’ancien ministre du budget Christian Eckert à témoigner des coulisses de la prise de pouvoir d’Emmanuel Macron quand il était ministre de l’économie. Avant “Crépuscule”, “Un ministre ne devrait pas dire ça” (Robert Laffont) était le premier ouvrage consistant critiquant la Macronie. Christian Eckert raconte entre autres comment Bercy a servi de pouponnière aux trentenaires qui constituent aujourd’hui de garde rapprochée de Macron. Un journaliste du Monde est emballé par le livre. Il écrit un article élogieux. C’était important car l’ouvrage commençait à marcher. L’article devait occuper une bonne place dans les pages politiques. Mais il n’est jamais paru. Le gars a été convoqué par son directeur de la rédaction et on lui a demandé de le corriger, de le “rendre négatif”. C’est en ces termes que les choses se sont dites. Le gars a refusé et s’est excusé auprès du ministre. Juan livre son nom dans Crépuscule. C’est un détail, mais à ce genre de détail on comprend comment fonctionne l’édifice. Et comment il pourrait être ébranlé.

Nous avons eu des réunions préparatoires avant la sortie de “Crépuscule”. Certains pensait que Ruquier ou France Inter (la matinale) allaient inviter Juan. J’étais persuadé du contraire. J’ai eu raison. Chaque jour qui passe, chaque nouvel article écrit sur Internet est une gifle supplémentaire pour les travailleurs médiatiques de la Macronie. Celui de ce matin est très éloquent à ce propos

http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/au-diable-vauvert/review/1948760-le-crepuscule-qui-vient-ou-le-coup-d-etat-permanent

Un des passages que je préfère dans “Crépuscule” est celui où Juan fait un état des lieux de la presse et s’interroge sur qui pourrait évoquer les affaires qu’il dénonce? Ça dure, ça dure… Le silence médiatique et politique qui entoure la sortie de “Crépuscule” est – étrangement- la preuve manifeste de son incroyable force. Et de son succès.

La partie est gagnée. Et en face, ils font comme si on n’existait pas. Ils savent bien que s’ils commencent à tirer, ils sont morts. On est beaucoup plus nombreux et rapides qu’eux. Et notre monde est plus réel que le leur.

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