Pourquoi il faut sauver les baleines

Le Japon vient de sortir de la Commission baleinière internationale pour reprendre la chasse commerciale.

En fait, le pays n’a jamais arrêté, tuant chaque année en moyenne un millier de baleines sous prétexte de “recherche scientifique”. Sans parler des dauphins. Cette annonce traduit la volonté d’augmenter les prises.

Paradoxe : la consommation de viande de cétacés est en berne dans l’Archipel. Et pour cause, elle est pleine de métaux lourds, car concentre tous les polluants de la chaine alimentaire. La viande est bradée à vil prix. C’est à peine rentable économiquement, du moins sans les subventions.

Alors, pourquoi persister et signer de la sorte? Car comme aux îles Féroé, la pêche à la baleine est un marqueur culturel instrumentalisé par les conservateurs, hautement symbolique dans la construction de l’identité nationale. Les Japonais, affamés par la Seconde Guerre mondiale, se sont tournés vers la salvatrice protéine baleinière. Dans la grande majorité des cas, les partis conservateurs nationalistes sont les seuls défenseurs de la chasse à la baleine. Sans parler de la dimension viriliste, souvent liée à l’idéal conservateur patriarcal.

Les autorités japonaises vont jusqu’à dire que les baleines sont en concurrence avec les pêcheurs pour le poisson. Sur le plan écologique, c’est pourtant tout l’inverse. Les baleines sont les “vers de terre” des océans : par leurs mouvements de va et vient entre les différentes couches océaniques, elles mélangent les nutriments et stimulent le développement du plancton, à la base de la chaine alimentaire donc de la multiplication des poissons.

Cet effet est loin d’être négligeable, y compris sur le plan climatique, car le plancton absorbe énormément de CO2 (1/3 des émissions mondiales). D’autant que 75% des baleines ont disparu par rapport au XVIIIe siècle, victimes collatérales de l’essor de l’industrie. L’huile de baleine n’avait pas son pareil pour lubrifier les machines de l’ère victorienne et des jeunes États-Unis (Herman Melville, dans son Moby Dick, décrit bien le contexte de cette époque).

En somme, au nom de l’impérieuse nécessité de lutter contre le changement climatique, la pêche à la baleine devrait être interdite et le Japon réprimé par la communauté internationale. Les programmes de conservation fonctionnent très bien pour certaines espèces (baleines à bosse et baleines bleues notamment) qui ont vu leurs populations légèrement augmenter ces dernières années. Généralisons ces pratiques, légiférons sur les espaces marins hors eaux territoriales (les japonais vont chasser en Antarctique!), dépolluons les océans (à quoi sert de protéger des animaux qui s’empoisonnement?)… autant de mesures qui seront très positives sur le plan climatique.

©Pierre Gilbert

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